ARTICLES - Guerre de Sécession américaine (1861-1865)

Le Dr Thomas W. Evans

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Le Dr Thomas W. Evans, ambassadeur de Napoléon III en Amérique

par
Xavier Riaud

Dr Thomas Evans (1823-1897), © University of Pennsylvania - Histoire de la medecine

Dr Thomas Evans (1823-1897), © University of Pennsylvania.

Si le rôle prépondérant de Thomas Evans dans le sauvetage de l’impératrice Eugénie a été démontré (Lamendin, 1999) et si ses liens étroits avec la famille impériale ont été mis en avant, il n’y a pas, me semble-t-il, d’études sur son action diplomatique au service de Napoléon III.


Thomas W. Evans

Thomas naît le 23 décembre 1823. En 1841, Evans devient un étudiant du dentiste de Philadelphie, le Dr John de Haven White. Il ouvre un cabinet à Baltimore dans le Maryland, puis à Lancaster en Pennsylvanie. En 1847, il fait la démonstration d’une nouvelle technique de plombage en or à l’exposition annuelle de Philadelphie. Il gagne le premier prix. Il y fait la rencontre du Dr John Clark, un médecin de Paris, rentré chez lui en vacances. Clark est vite convaincu qu’un dentiste aussi doué qu’Evans ferait sensation à Paris. En novembre 1847, Evans s’y installe. Il s’associe avec le Dr Starr Brewster (Deranian, 2006). Un jour, celui-ci est convoqué auprès de l’Empereur. Il ne peut s’y rendre et envoie Evans à sa place. A compter de ce jour, ce dernier devient le dentiste attitré des familles royales européennes. Il gagne l’amitié de Napoléon qui le nomme dentiste officiel de la cour en 1853 et devient un membre officiel de son conseil. En 1854, il reçoit la Légion d’Honneur (Iverson, 1998).

En 1861, Evans devient membre de la Commission sanitaire des Etats-Unis (Riaud, 2006).


Les relations France - Etats-Unis à l’entame de la Guerre de Sécession

Les relations de la France avec l’Union sont alors amicales et l’Empereur approuve les directives de Lincoln quant au blocus des ports du Sud. Lorsque la Guerre de Sécession éclate, ses effets sont ressentis à l’étranger. Des industries nationales sont paralysées et des marchés perdus. Des milliers d’ouvriers sont sans travail. Beaucoup d’Américains sécessionnistes vivent à Paris. Ils convainquent l’aristocratie française de pencher pour la cause sudiste. L’Empereur est entouré de personnes sympathisant avec le Sud. Il subit un vrai

 

harcèlement, Napoléon n’acceptant pas l’idée d’un état esclavagiste. Des puissances étrangères comme l’Angleterre font pression afin qu’il reconnaisse la Confédération (Evans, 1910).


Evans se positionne.

Dès le début du conflit, Evans ne cache pas ses amitiés fédérales. Il n’hésite pas à se servir de ses liens avec Napoléon III. « J’étais le seul partisan résolu du Nord qui eût fréquemment accès auprès de l’Empereur. Je croyais fermement au succès final du gouvernement fédéral et, me, trouvant presque seul de cette opinion, j’étais forcé de me tenir au courant de tout ce qui pouvait la fortifier en moi et me fournir des faits et des arguments pour étayer mes assertions. J’étais constamment à l’affût des dernières nouvelles, et je recherchais les occasions de converser avec les personnes venant d’Amérique et capables de me donner des renseignements, afin de pouvoir communiquer ces renseignements à l’Empereur, qui était toujours disposé à entendre « l’autre côté ». » Il lui montre des cartes, des articles de journaux qui montrent la progression du Nord. Ayant procuré des armes à cette armée depuis l’Europe, dès le début du conflit, il apporte une aide financière à la littérature nordiste et n’hésite pas à déjouer les complots confédérés (Evans, 1910).


Proposition du dentiste américain

Après la bataille de Wilderness (5-6 mai 1864) et la défaite de Grant dans sa première tentative à reprendre Richmond, lorsque l’armée d’Early est en vue du capitole et que la prise de Washington ne semble être qu’une question d’heures, l’Empereur informe Evans à Compiègne qu’il a reçu une dépêche de l’Angleterre encourageant la France à soutenir le Sud. La situation en Amérique paraît très floue et Napoléon ne souhaite pas intervenir (Iverson, 1998). Evans lui dit : « Sire, vous ne pouvez pas songer à reconnaître le gouvernement de Jefferson Davis, car le démembrement de notre grande Union fondée par Washington serait un crime. Si vous y contribuiez, les Etats du Nord ne l’oublieraient pas et maudiraient votre nom à tout jamais. Je vais aller aux Etats-Unis. Je vais partir par le premier bateau, pour me rendre compte par moi-même de la situation. J’irai directement à Washington voir M. Lincoln et M. Seward, et je vous rapporterai exactement la vérité ; je vous dirai s’ils croient et s’ils ont de bonnes raisons pour croire que la fin de la guerre n’est pas si éloignée. Et je suppliai Sa Majesté de ne pas agir avant que j’eusse pu lui rapporter ce que j’aurais appris au sujet de la guerre par des observations et une enquête personnelles.»

L’Empereur approuve : «Je ne crois pas que je reconnaîtrai la Confédération du Sud avant que vous ayez eu l’occasion de me communiquer les résultats de votre enquête. (Evans, 1910) »


Ambassadeur de Napoléon III

Le dentiste arrive à New York, le 23 août 1864 et rend aussitôt visite au secrétaire d’Etat, Seward, puis au Président Lincoln. Peu après, il part rencontrer le général Grant à City Point, au quartier général de l’armée du Potomac qui assiège Petersburg et Richmond. Il le reçoit dès son arrivée. Le général en chef assure Evans de la victoire prochaine de l’Union. Le dentiste rencontre aussi les généraux Meade, Hancock et Butler. Thomas se retrouve très vite aux avant-postes de l’armée nordiste. Après avoir séjourné cinq jours au quartier général de Grant, Evans retourne à Washington. La victoire du Nord est inéluctable. Quand Sherman prend Atlanta et que Sheridan détruit l’armée d’Early, la victoire de l’Union est certaine. Evans rentre à Paris en novembre et fait part de sa conviction à Napoléon qui s’exclame : « Lorsque le plan de campagne concerté entre Grant et Sherman me fut connu, je vis d’après mes cartes que c’était le « commencement de la fin ». » Quelques temps après, l’Angleterre se retire aussi (Evans, 1910).


Après la guerre…

En 1865, après la guerre, se sentant concerné par le désastre sanitaire provoqué par ce conflit, Thomas dirige un travail collectif intitulé « Essais d’hygiène et de thérapeutiques militaires : présentés à la Commission sanitaire des Etats-Unis », qui est publié aux éditions V. Masson et fils.

En 1867, Thomas remporte le Grand Prix d’Honneur à l’exposition de Paris, sur la médecine militaire pratiquée durant la Guerre de Sécession. Il a beaucoup étudié et écrit sur l’organisation des hôpitaux militaires.


Thomas W. Evans meurt à Paris, le 14 novembre 1897. Il est enterré à Philadelphie.


Conclusion

Subissant des pressions de toutes parts, il est fort à parier que si Evans n’était pas intervenu en faveur de l’Union auprès de Napoléon III, l’Empereur aurait déclenché les hostilités en soutien du Sud exsangue, suivi de près en cela par les Anglais. Un conflit mondial aurait peut-être eu lieu aux répercussions insoupçonnées.


Références bibliographiques :

Deranian Martin H., « Thomas W. Evans: Pennsylvania’s dentist to Europe’s royalty », in J. Hist. Dent., Spring 2006; 54 (1): 17-23.

Evans Thomas W., Mémoires du Dr Thomas W. Evans, Plon (éd.), Paris, 1910.

Collections of the University of Pennsylvania Archives, Philadelphie, USA, 2005.

Iverson Daniel, « The Civil War: three dentists who made a difference », in J.Hist.Dent., 1998 Jul; 46(2): 85-88.

Lamendin Henri, « L’impératrice Eugénie, des dentistes et l’Histoire… », in Le Chirurgien-Dentiste de France, 16/09/1999, n° 950, pp. 38-41.

Riaud Xavier, L’influence des dentistes américains pendant la Guerre de Sécession (1861-1865), L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2006.


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