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Prix Georges Villain d'histoire de l'art dentaire

Alexander « Pete » Suer (1917-1945),
dentiste et héros de la Seconde Guerre mondiale

Par
Xavier Riaud

 

Quelques grandes dates du service dentaire américain de 1938 à 1945


Le 29 janvier 1938, le rang de Brigadier Général est accordé par le 75ème Congrès au directeur
de la Division Dentaire. Le 29 juin 1938, Leigh Fairbank devient le premier dentiste à occuper
cette fonction. Il le reste jusqu'au 16 mars 1942 (King, 2002).
Dès 1941, 2000 dentistes de réserve sont appelés sous les drapeaux (Jeffcott, 1955). Le 17
mars 1942, le Brigadier Général Robert Mills est le neuvième chef du Corps Dentaire
d'Armée. Il se retirera, le 17 mars 1946, au grade de Major Général. Il est le premier dentiste
militaire de ce rang (King, 2002).
Le 9 avril 1942, le Major Roy Bodine est capturé par les Japonais, lors de la prise de Bataan,
aux Philippines. Il y passe trois ans et demi comme prisonnier de guerre aux Philippines, au
Japon et en Corée, avant d'être libéré le 7 septembre 1945. Son abnégation, sa camaraderie et
son soutien dévoué à ses compagnons d'armes seront cités en exemple (Riaud, 2004).
En 1943, l'Armée est confrontée à une véritable pénurie en œil artificiel en verre. Des
officiers dentaires de l'Institut Dentaire de Recherches de l'Armée créé le 6 janvier 1922,
étendent leur domaine d'activités à toute la sphère maxillo-faciale et étudient le problème
dans trois centres différents. Ils réussissent à fabriquer un œil en plastique, avec une résine
synthétique claire, adopté aussitôt et ensuite, utilisé très fréquemment. Le personnel dentaire
sera aussi déterminant dans le développement d'audiophone et dans la fabrication de
techniques de consolidation de crânes endommagés (King, 2002).
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Pour la préparation du D-Day, des
montagnes d'armes et d'équipements jusqu'aux amalgames dentaires ont traversé l'Atlantique
infesté de sous-marins ennemis, pour être acheminés en Grande-Bretagne (Jeffcott, 1955 &
Ahlfeld, 1951).
Le 1er novembre 1944, le Corps Dentaire d'active atteint le chiffre de 15 292 officiers, ce qui
constitue un record (King, 2002).


Quelques chiffres

Durant la période du 1er janvier 1942 au 31 août 1945, le Corps Dentaire de l'Armée
américaine effectue 16 231 264 extractions, 69 546 560 restaurations, 579 473 appareils
dentaires complets, 2 032 684 appareils dentaires partiels et 206 500 bridges pour une armée
comprenant 8 000 000 de soldats.
Ce service perd 116 officiers dentaires, sur tous les fronts : 20 décèdent au combat, 5
succombent de leurs blessures, 10 meurent en captivité et 81 perdent la vie, suite à une
maladie ou à des blessures reçues loin des affrontements (King, 2002 & Konieczny, 1992).
Alexander Suer est l'un d'entre eux.


Alexander « Pete » Suer (1917-1945)

Monier et De Trez (2005) racontent qu'Alexander Suer naît à Philadelphie en 1917. Il entre
en secondaire à l'Overbrook High School de la même ville. Il effectue ses études dentaires à
la Temple University où il obtient son DDS en 1938. Il ouvre par la suite un cabinet dentaire
au 5739 North Park Avenue à Philadelphie (Monier & De Trez, 2005).Inquiet des exactions antisémites proférées en Europe par les Allemands, il s'engage dans
l'armée de réserve en 1939. C'est le 1er avril 1941 qu'il rejoint le service dentaire de l'armée
(Monier & De Trez, 2005).

Histoire de la médecine par Xavier Riaud

Captain Alexander « Pete » Suer (1917-1945), dentiste au 505th Parachute Infantry Regiment (PIR) de la 82nd
Airborne Division au poste de secours du Manoir des Flories à Varenguebec (De Trez, 2004, © Michel de Trez).


Formation militaire

Il suit une formation médicale de 12 semaines à la Medical Field Service School de Carlisle
en Pennsylvanie. « Alexander « Pete». Suer a reçu une formation physique identique à celle
de tous les militaires, et s'est familiarisé aux modes d'exercice de la profession de dentiste
militaire : au sein d'un hôpital de campagne, mais aussi de « Medic » dans une unité
combattante en première ligne, fonction qui consiste à pratiquer tous les soins d'urgence
vitale, la collecte des blessés et leur évacuation en dehors des zones de combat » (Monier &
De Trez, 2005).


Pearl Harbour, le 7 décembre 1941

Monier et De Trez (2005) précisent qu'à la suite du raid japonais, Suer décide de suivre les
cours de l'école de parachutisme de Fort Benning. Il obtient son brevet et intègre le 505th PIR.
D'après les deux auteurs, le 20 avril 1943, ce régiment quitte Fort Bragg et rejoint le Camp
Edwards dans le Massachussetts. Il y reçoit un entraînement intensif avant son départ pour
l'Europe. Pendant une semaine, le personnel médical vaccine les soldats, réalise des examens
dentaires et prépare ses paquetages (Monier & De Trez, 2005). Le 10 mai 1943, les hommes
du 505th PIR débarquent en Afrique du nord à Casablanca. C'est le 9 juillet 1943 qu'ils
embarquent dans des C-47 pour la Sicile (De Trez, 2004).

 

En Sicile…


Arrivé au sol sans encombre, le dentiste américain se multiplie pour sauver les blessés.
De Trez (2004) rappelle que : « Pete Suer avait inventé en Sicile, une méthode audacieuse
pour secourir les blessés qui étaient pratiquement hors d'atteinte. Se tenant debout sur le
pare-choc de sa Jeep, agitant un drapeau de la Croix-Rouge, Peter se déplaçait entre les
lignes pour récolter les blessés, tandis que les deux camps continuaient à se tirer dessus. »
(De Trez, 2004) Suer ne sera jamais blessé. Il était censé rester au poste de secours à l'arrière.
Le 20 août, après la prise de Messine, le 505th PIR est ramené en Tunisie (De Trez, 2004).


Second parachutage

Monier et De Trez (2005) rapportent que lors du débarquement sur les côtes de Salerne, le
régiment est parachuté près de Paestum, le 14 septembre 1943. Le 1er octobre, il attaque
Naples et le 18 novembre, le 505th PIR rejoint l'Irlande où les soldats passent les fêtes de fin
d'année (Monier & De Trez, 2005).


Le débarquement de Normandie


De Trez (2004) signalent que le 13 février, les troupes partent pour l'Ecosse. Là, soumis à un
rude entraînement, elles apprennent leur départ le 5 juin au soir pour la France. Leur objectif
est Sainte-Mère-Eglise. Une fois là, Suer y organise aussitôt un hôpital rudimentaire avec le
Dr Franco dans l'hospice du village. Il s'y dépense sans compter en voulant donner des soins
à tous les blessés, peu importe leur nationalité (De Trez, 2004).
« Le « Surgical Technican » Raymond Queen se souvient que « Pete Suer voulait se porter au
secours de tous les blessés. Nous devions le calmer à chaque fois. Nous avions beau lui dire
qu'il allait se faire descendre ; il aimait trop affronter le risque. C'était un homme
courageux, mais un fonceur. » » (Monier & De Trez, 2005)
D'après Monier et De Trez (2005), « Il était de loin le praticien soignant le plus admiré et le
plus décoré du régiment. En effet, il reçoit la Silver Star Medal, décoration militaire
américaine, pour avoir soigné ses blessés sous les tirs allemands peu après le débarquement
de Normandie. » (Monier & De Trez, 2005)
« Pendant le séjour du régiment en Normandie, la témérité de Pete Suer a donné plusieurs
fois des sueurs froides à ses collègues du personnel de santé. Le docteur Franco se rappelle
que : « Pete Suer et moi marchions à travers champs quand nous aperçûmes des silhouettes
humaines se déplaçant. Pete, qui parlait allemand, cria qu'ils étaient encerclés par des
Américains fortement armés. Les Allemands lâchèrent leurs armes et nous les obligeâmes à
se coucher par terre. Ils étaient quinze, nous étions deux ! Pete s'en alla appeler de l'aide et
je fus donc seul à garder ces hommes. J'étais terrifié à l'idée qu'ils puissent apercevoir mon
brassard à croix rouge. Par chance cela ne se produisit pas. » » (De Trez, 2004)

 

L'Opération Market Garden


Monier & De Trez (2005) rapportent que le 17 septembre 1944, le régiment est parachuté sur
la Hollande. Le poste de secours est aussitôt installé dans une école de fille à Groesbeeck. En
raison de la violence des bombardements, il est très vite déplacé sur Nimègue. D'après les
deux auteurs, Suer, quant à lui, se distingue par son action inépuisable de récupération des
blessés malgré les balles qui sifflent autour de lui. Le 12 novembre, des troupes canadiennes
remplacent le 505th PIR qui rejoint Suippes, près de Reims (Monier & De Trez, 2005).


Des tirs de mortier…


A sa cinquième opération militaire dans les Ardennes, le 23 décembre 1944, d'après Monier
et De Trez (2005), « « Pete »Suer apprend que deux blessés attendent des soins urgents à
proximité des lignes allemandes. Accompagné de trois infirmiers, il se rend sur place et seul,
rampe à découvert vers les soldats. C'est à cet instant que des tirs de mortier touchent le
courageux dentiste aux jambes, lui broyant les deux pieds. Il exige alors que les deux soldats
blessés soient évacués avant lui. Ceci fait, il est à son tour conduit vers le poste de secours où
une perfusion de plasma lui est posée. La gravité de ses blessures est telle qu'Alexander P.
Suer est transféré à l'hôpital de Liège, puis vers Paris et de là, en avion vers le grand hôpital
militaire Walter Reed près de Washington. » (Monier & De Trez, 2005)
Atteint de gangrène, il est amputé des deux jambes. Il décède d'une embolie pulmonaire des
suites de l'opération. Il avait 28 ans (De Trez, 2004).
Références bibliographiques :
Ahlfeld I.H., History of the U.S. Army Dental Corps in the North African theater of
operations – WWII, historical division, Bureau du Chirurgien Général de l'U.S. Army,
Washington D.C., 1951.
De Trez Michel, Doc McIlvoy and his parachuting Medics, D-Day Publishing, Wezembeek-
Oppem, Belgium, 2004.
Jeffcott George F. (Colonel), U.S. Army Dental Corps in WWII, Bureau du Chirurgien
Général de l'U.S. Army, Washington D.C., 1955.
King John E. (Colonel), Highlights in the History of the U.S. Army Dentistry, Office du
directeur de l'U.S. Army Dental Corps, Virginie, 2002.
Konieczny Bruno, Le chirurgien-dentiste dans le Service de Santé des Armées françaises
durant les guerres modernes, thèse Doct. Chir. Dent., Nantes, 1992.
Monier Thibault & De Trez Michel, « Doc. Alexander « Pete » Suer : un dentiste au sein du
505th US Parachute Infantry Regiment 1942-1945 », in Actes de la Société Française
d'Histoire de l'Art Dentaire, Reims, 2005, http://www.bium.univ-paris5.fr, pp. 1-10.
Riaud Xavier, « Le service dentaire de l'armée américaine pendant la Seconde Guerre
Mondiale », in Vesalius, Vol. X, n°2, décembre 2004, pp. 78-82.


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