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Le DDT et la Seconde Guerre mondiale

Par
Xavier Riaud

Le DDT, ou dichlorophényltrichloroéthane, est un produit chimique synthétisé en 1874 par Othmar Zeidler, à Strasbourg, dont les propriétés insecticides et acaricides n’ont été découvertes qu’en 1939 par Paul Hermann Müller, un chimiste suisse.

« Peu toxique pour les vertébrés, bon marché, doté d’un long effet résiduel, utilisable en milieu aquatique aussi bien que sur des supports minéraux et végétaux, et même dans le sol, il répondait à toutes les demandes de la santé publique, et de l’agriculture. »


Histoire de la médecine - Seconde guerre Mondiale par Xavier Riaud
Paul Hermann Müller (1899-1965).


Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est devenu très vite l’insecticide le plus utilisé, aussi bien sur un plan civil que militaire, dans la lutte contre des arthropodes vecteurs de maladies comme le paludisme, le typhus exanthématique, la peste bubonique, etc.).

En 1948, Müller a reçu le prix Nobel de physiologie ou de médecine « pour sa découverte de la grande efficacité du DDT en tant que poison contre les arthropodes. » C'est la première fois que ce prix est décerné à une personne qui n'était pas biologiste ou médecin.

Employé de l’entreprise suisse Geigy qui veut alors fabriquer un insecticide capable de lutter contre les mites, Müller découvre les propriétés du DDT et constate que ce produit est susceptible de tuer les doryphores. Par l’entremise de Müller et pensant avoir trouvé ce qu’elle cherchait depuis longtemps, Geigy dépose aussitôt un brevet auprès des autorités suisses en 1939. Ces dernières testent cette substance aussitôt contre les doryphores. Face au franc succès qu’elles connaissent, elles décident en 1942, par d’autres expériences, de voir si le DDT est efficace contre d’autres insectes. Là encore, la réponse est positive. Devant des résultats si probants, les Suisses font savoir leur trouvaille aux Alliés et aux forces de l’Axe.

Si les Allemands sont crédules, les Américains sont aussitôt séduits. Son action contre les poux les interpellent au plus haut point. Associés aux Anglais, ils reprennent les recherches qui se révèlent toutes concluantes. En mai 1943, après les études de la Food and Drug Administration qui attestent de l’absence de risque pour l’homme en son contact, la production à grande échelle peut commencer, ceci afin de fournir l’armée en quantités suffisantes.

La succursale américaine de la Geigy, la Cincinnati Chemicals Works, s’en occupe à partir de la fin de l’année 1943. A la fin 1944, pas moins de 14 entreprises produisent le DDT, sans oublier celles sur le territoire britannique.

« En 1944, Gahan, aux Etats-Unis, exécute les premiers traitements intradomiciliaires dans la vallée du Mississippi. En une saison, le paludisme disparut. »

A Guadalcanal et partout dans le Pacifique sud, les Américains perdent plus d’hommes malades de la malaria que lors des combats avec les Japonais. Aussi, décident-ils de déverser du DDT sur des pans entiers d’eau du Pacifique pour protéger leurs hommes des piqûres de moustiques.

En janvier 1944, le DDT est employé pour la première fois sur le sol européen. Depuis octobre 1943, sévit, à Naples, une épidémie de typhus. Après en avoir acheminé 6 tonnes, les Américains administrent, à 1,3 millions de Napolitains, une poudre de Neocide, substance qui contient du DDT. Cette substance avait été au préalable testée sur des prisonniers de guerre en Afrique du nord.

A Naples, des équipes composées notamment de policiers militaires, de soldats vaporisent le DDT partout dans la ville, dans les lieux publics, dans les immeubles… Sous quelques jours, l’épidémie est enrayée et avant la fin du mois, elle est terminée.

Dans leur marche vers Rome, les Alliés arrivent aux marais Pontins. Ils sont réputés pour la virulence de leurs moustiques qui transmettent rapidement la malaria. Alors qu’ils débarquaient en Sicile à l’été 1943, 22 000 soldats US sont tombés atteints de la malaria. Les Allemands ont détruits les digues conçues par Mussolini qui retenaient les eaux des marais qui ont pu ainsi se déverser et répandre leurs moustiques particulièrement virulents, rendant la région dangereuse pour des années. Les Américains ont déployé les grands moyens : pulvérisations par camions, troupes d’infanterie et avions. Ce qui devait se transformer en carnage, est devenu presque une promenade de santé jusqu’à Rome qui a été libérée le matin du 5 juin.

Dès lors, le haut commandement allié a ordonné que partout où leurs troupes se trouvaient, des escadrons pulvérisant le DDT les précéderaient. Ainsi, ont-ils réitéré l’opération italienne, à Burma, aux Philippines, en Chine et dans tout le Pacifique.

Le secret de rigueur autour des recherches, puis de l’usage du DDT sera de rigueur jusqu’en 1944. A partir de là, il sera largement diffusé et employé par les militaires pour enrayer les épidémies, et tuer les insectes porteurs du paludisme, et tout particulièrement ceux vecteurs du typhus exanthématique dont les ravages terrorisent les imaginations. Les populations civiles en vaporisent les murs de leurs maisons avec un spray pour tuer les moustiques qui transmettent le paludisme. Au cours de l’avancée des Américains en Italie, des villes entières sont aspergées pour tuer les poux porteurs du typhus. A la libération des camps de concentration, il est appliqué sur les déportés pour tuer les poux.

Après la guerre, le DDT est employé dans l’agriculture, notamment pour tuer les moucherons piqueurs en Ecosse. Aux USA, il est mis en vente à partir du 31 août 1945.


Histoire de la médecine par Xavier Riaud
Soldat américain pulvérisant du DDT dilué à 10% dans du kérosène pour lutter contre la malaria en Italie.


Références bibliographiques :

Castonguay S., Protection des cultures, construction de la nature : agriculture, foresterie et entomologie au Canada 1884-1954, Les éditions du Septentrion, 2004.

Gillott C., Entomology, Springer, 1995.

http://fr.wikipedia.org, Le DDT, 2013, pp. 1-

http://fr.wikipedia.org, Paul Hermann Müller, 2013, p. 1.

Mouchet J., « Le DDT en santé publique », in Cahiers Santé, 1994 ; 4 : 257-62.

National Museum of Health & Medicine, Silver Spring, USA, 1945.

Tren R. & Roberts D., The Excellent Powder: DDT's Political and Scientific History, Dog Ear Publishing, 2010.

Zubrin R., « The Truth about DDT and Silver Spring », in TheNewAtlantis.com, September 27, 2012, pp. 1-10.



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