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Le premier livre dentaire en France

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Prix Georges Villain d'histoire de l'art dentaire

Le premier livre dentaire en France

par
Xavier Riaud

Le cardinal Georges d’Armagnac (1500-1585), ambassadeur de François Ier (1494-1547) à Venise, évêque de Rodez, a de sérieux problèmes dentaires qui le font souffrir fréquemment. Après diverses sollicitations sans succès en quête d’un soulagement, il se tourne en dernier recours vers Urbain Hémard (1548 ( ?)-1616 ( ?)), chirurgien dans la même ville depuis 1529.

Pour soigner Georges d’Armagnac, Hémard, n’ayant que peu de connaissances sur la question, consulte de nombreux ouvrages traitant des moyens nécessaires pour parvenir à guérir les maux dentaires. Puis, il s’empresse de mettre en application ce qu’il a appris, dans la religieuse bouche. C’est un succès dont il est remercié par le Cardinal qui l’encourage à poursuivre ses recherches pour écrire un livre sur les dents et lui demande « les causes & raisons d’une si forte douleur & des autres propriétés qui se trouvent es Dents plus que aux autres os ». Ce livre est publié à Lyon, en 1582, chez Benoist Rigaud. Il s’intitule Recherche de la vraye anathomie des dents, nature et propriété d’icelles et est bien évidemment dédié au Cardinal. Cet ouvrage est considéré par les spécialistes comme le premier du genre écrit en France, sur les dents. Fauchard s’inspirera de ce travail pour écrire son fameux Le Chirurgien-dentiste ou Traité des dents (1728). Hémard reste dix années au service du Cardinal, de 1552 à 1562. Avicenne, Chauliac, Eustache, Fallope, Joubert, Vésale et encore Ambroise Paré seront ses sources d’inspiration.

Urbain Hémard est né à Entraygues, dans l’Aveyron. Bien que de nombreux auteurs affirment qu’il est né en 1548, de gros doutes subsistent quant à cette date. Après des études dans la célèbre université de Montpellier, première école de médecine sur le sol français, il s’installe à Rodez. Hémard y officie en tant que lieutenant du Premier chirurgien du roi. C’est en tant que tel qu’il est enregistré à la sénéchaussée et au diocèse de Rouergue. En 1589, il se rend à Aix-la-Chapelle. Une épidémie de peste y sévit. Son travail pour enrayer la maladie est considérable. Il est félicité par Davin, le médecin du roi lui-même. Il serait mort en 1616, mais, là encore, rien ne l’atteste avec certitude.

La Recherche de la vraye anathomie des dents, nature et propriété d’icelles comprend 23 chapitres :

1/ Il distingue la dent, par sa structure, de l’os.

2/ Les dents servent à la mastication, indispensable à toute bonne digestion.

3/ Les dents, avec l’âge, perdent leur blancheur et s’abrasent.

4/ Plus qu’une simple sensibilité, les dents seraient douées d’un certain « sentiment », dite stupor dentis qui les amènent à réagir.

5/ Les dents réagissent inégalement face aux diverses agressions alimentaires.

6/ Si les dents ont un sentiment, il en va de même pour les os, mais celui-ci est plus abrupt.

7/ D’un point de vue philosophique et médical, les dents de lait se forment dès l’allaitement, dans ce qu’Hémard appelle une « matrice ».

8/ Dès l’apparition des dents de lait en bouche, les dents définitives se forment dans cette même matrice.

9/ Une dent perdue ne se refait pas.

10/ Après autopsie d’une mâchoire de nouveau-né, Hémard comprend l’odontogenèse.

11/ Chaque dent a une fonction masticatrice : les incisives tranchent, les molaires broient.

12/ La chronologie d’éruption des dents de lait est parfaitement définie.

13/ Le ligament alvéolo-dentaire et ses attaches aux dents sont bien décrits.

14/ Les maladies consécutives à l’éruption des dents de lait sont bien illustrées.

15/ Des traitements sont envisagés à ces maladies d’éruption.

16/ Les maladies des dents définitives sont bien illustrées.

17/ Des traitements sont envisagés à ces maladies des dents définitives.

18/ Dans le cas où, suite aux traitements précédemment énoncés, la douleur ne passe pas, les techniques utilisées sont clairement explicitées.

19/ Au sujet des patients qui ont mal et qui ne souffrent plus au moment d’enlever la dent…

20/ Consignes d’hygiène bucco-dentaire et traitements en cas de problèmes parodontaux.

21/ Conseils divers : prévenir les problèmes occasionnés par le fard sublimé des « belles dames », les maladies vénériennes qui ont des conséquences sur les dents, rejet des transplantations…

22/ Recommandations de masticatoires et de bains de bouche.

23/ Consignes alimentaires pour protéger les dents : brossage, ne pas croquer des choses trop dures pour préserver les dents…

Bien qu’une certaine naïveté semble apparente, bien que certains aspects de son étude reposent sur les croyances parfois superstitieuses de son époque, Urbain Hémard se révèle très en avance sur son temps. Rendu difficile par l’usage du vieux français, sa lecture en est ardue, mais sa préoccupation du bien-être de ses concitoyens et de trouver les moyens d’abréger leurs souffrances est très marquée.


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