ARTICLES - histoire de la médecine dentaire

Dr Gaspard-Félix Guillot

Histoire de la médecine

Histoire de la médecine


Biographie
Livres
Articles
Collection
Annonce événements
Décorations
vidéoconférences
Prix Georges Villain d'histoire de l'art dentaire

Dr Gaspard-Félix Guillot, véritable fondateur de l'Ecole dentaire de Lyon

Par
Xavier Riaud

Dr Gaspard-Félix Guillot (1843-1924), © Famille Guillot, 2008

Dr Gaspard-Félix Guillot (1843-1924), © Famille Guillot, 2008.

Gaspard-Félix-Victorin Guillot est né le 30 mars 1843 à Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire et a probablement fait ses études au Collège de Saumur.


Jeune et rebelle

En 1864, il arrive à Paris pour y faire des études de médecines comme son père Félix-Jean (1810-1897) qui est médecin d’hôpital à Montreuil-Bellay (Sigot (a), 2008). Il a alors 21 ans. Très vite, il est séduit par les mouvements d’opposition qui bourgeonnent dans la capitale. Le 31 mars 1865, il est condamné à deux mois de prison pour offense publique à l’Empereur. L’année suivante, par un jugement du Tribunal de Commerce de la Seine en date du 28 juillet, il doit payer, en tant qu’ancien gérant du journal « La Rive Gauche », à Mrs. Lainé et Havard, imprimeurs de leur état, la somme de 2 291,35 francs. Désargenté, il déménage sans laisser d’adresse. Lors de son séjour à Paris, il habite successivement au 15, rue St Victor dans le 5ème, au 7, rue Git-le-Cœur dans le 6ème et finalement, au 63, rue Monsieur le Prince toujours dans le 6ème (Famille Guillot, 2008).


Mobilisé… Blessé… et enfin emprisonné

En 1870, il doit arrêter ses études, car il est mobilisé. Il se conduit avec beaucoup de courage comme capitaine adjudant-major dans une batterie de mitrailleuses. Après le 18 mars 1871, au début de la Commune, Gaspard réintègre son logement de la rue Monsieur le Prince. Il appartient alors à l’Etat-major du général communard Eudes où il siège en tant que capitaine inspecteur de l’artillerie (Sigot (b), 2008). Il commande notamment l’artillerie des forts de Vanves et d’Issy. Blessé le 18 mai 1871, il est transporté d’abord à l’hôpital de Montrouge, puis à l’hôtel de la Légion d’Honneur où se trouve le quartier général de l’Etat-major du général Eudes. Lorsque les troupes versaillaises arrivent, Guillot se cache du 23 au 30 mai, au 24 avenue Daumesnil où il est malgré tout arrêté pour sa participation à l’insurrection parisienne. Il est conduit à la prison Mazas où son père lui rend visite le 18 juin et se porte garant de lui (Sigot (b), 2008, affirme qu’il s’agit du 10 juin). Gaspard est autorisé à passer sa convalescence dans la banlieue parisienne, à Bois-le-Roi, et en profite pour s’évader et gagner l’étranger (Sigot, 2000).


L’exil

A l’audience du 14 mars 1874, le Conseil de Guerre siégeant à Versailles le condamne par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. Il est reconnu coupable de commandement dans des bandes armées, de complicité par recel, de pillage en bande, de port d’armes apparentes et d’uniforme militaire dans un mouvement insurrectionnel (Sigot (b), 2008).
De son évasion jusqu’au 17 décembre 1873, Gaspard voyage en Europe. Il séjourne à Bruxelles de 1872 à 1873, mais se rend également à Londres. Il semble que cela soit dans cette période qu’il s’oriente vers l’art dentaire. A l’époque, l’exercice de cette profession reste libre et il faut bien vivre.
Le 17 décembre 1873, il arrive en Suisse. Il y reçoit une carte provisoire comme rentier. Dès le 29 décembre de la même année, un permis de séjour lui est accordé. Dessus, il est mentionné qu’il est sans profession et qu’il réside à Genève, au 7, rue Pradier chez une Madame Girin qui deviendra sa femme. Toujours à Genève, il habite par la suite rue Couronne, puis 9, rue du Commerce et enfin, 12 boulevard du Théâtre où il reçoit le 19 décembre 1879, un permis d’établissement (Famille Guillot, 2008).


Dentiste reconnu à Genève

Dès 1876, il est reconnu pour son travail de dentiste. Il peut donner à la Faculté de Médecine de Genève ouverte cette année-là, un cours théorique et pratique de Médecine et de Chirurgie dentaire en qualité de Privat Docent (Lebourg, 1971).
Cette même année, il installe dans des locaux prêtés par l’Etat, la première polyclinique dentaire gratuite de Genève. Il envisage sérieusement l’ouverture d’une école dentaire. De nombreuses personnalités soutiennent ce projet qui aboutit en 1881. En effet, le 21 octobre 1881, les cours commencent. L’Ecole dentaire est située alors rue de Lausanne. En 1918, elle est transférée rue des Lombards (Famille Guillot, 2008).


De retour en France

La loi d’amnistie du 18 janvier 1881 permet à Gaspard-Félix de rentrer en France. Aussitôt, il figure dans l’annuaire dentaire comme dentiste patenté à Lyon, au 1, rue de la Barre. Malheureusement, il ne peut se rendre à l’inauguration de l’Ecole dentaire de Genève où il est présent encore comme professeur dentiste français, célibataire et catholique en 1882-1883. Il est aussi correspondant depuis cette ville avec la Société Odontologique de France. En 1885-1886, il est encore correspondant avec cette société, mais depuis Lyon. C’est aussi dans ces années-là qu’il épouse son ancienne logeuse de Genève.


Début de son action à Lyon

Certaines sommités lyonnaises au fait de son expérience suisse l’aident à ouvrir dès avril 1891, une clinique dentaire gratuite au 32, rue Vaubécour, où sont soignés les gens de petite condition sociale. Faute de moyens conséquents, ce dispensaire doit cesser les soins en 1897 et se contente de faire des extractions (Université Claude Bernard – Lyon 1, sans date).
A 51 ans, le 16 mars 1894, il soutient sa thèse de médecine qu’il dédie à ses parents. Sur celle-ci, il mentionne sa spécialité de chirurgien-dentiste comme la loi du 30 novembre 1892 le lui autorise. Il met alors son énergie au service de l’organisation de la profession sur la région lyonnaise. En 1896, Guillot est membre de la Commission constitutive de l’Association des dentistes du Rhône et des départements limitrophes. En 1898, il fait campagne pour la création d’une école dentaire à Lyon et présente son projet. D’ailleurs, « Au cours du IVème Congrès Dentaire National à Lyon, s’affrontent, dans un long débat sur l’enseignement dentaire, Claude Martin et Gaspard-Félix Guillot. » (Emptoz, sans date)


Naissance de l’Ecole dentaire de Lyon

Au début de l’année 1899, un Comité d’initiative est formé avec pour objectif l’ouverture d’une école dentaire dans cette ville. Gaspard-Félix en est le président. Ce comité reçoit l’appui moral et financier de l’Association Générale des Dentistes de France qui participe à la souscription ouverte à cet effet à hauteur de 1 000 francs (Emptoz, sans date). Dès le 21 juin, le dispensaire de l’école dentaire au 32, rue Vaubécour est inauguré. Les cours doivent commencer le 1er novembre 1899 (Famille Guillot, 2008).
A côté de cela, Guillot fonde la Société d’odontologie de Lyon, le 15 mai 1899. Il en devient tout naturellement le président. Il énonce les buts scientifiques et techniques de cette société dans son allocution de la séance inaugurale, le 26 mai. Aussitôt, il est missionné pour représenter la société au premier Congrès de la F. D. I. qui doit se tenir en février 1900 à Paris (Emptoz, sans date).


Le véritable fondateur

Dans sa séance du 13 octobre 1899, la Société de l’Ecole et du Dispensaire dentaires de Lyon nomme Gaspard Guillot, président d’honneur, et Albéric Pont, président. Ce dernier n’a que 29 ans et est de ce fait le plus jeune membre du comité. Cette mise à l’écart aurait pour origine des difficultés survenues entre les membres du dit comité. Toutefois, dans son discours du 29 novembre 1900, lors de la séance de réouverture de l’école, Albéric Pont affirme : « J’adresse aussi tous mes remerciements au Dr Guillot que je regrette de ne pas voir assis à ma place, car il est le véritable fondateur de l’école. (…) Lorsqu’il fût dans l’obligation de quitter et qu’il me céda la place, je n’eus presque rien à faire. » (Famille Guillot, 2008)
Les cours ont commencé le 2 novembre 1899 au 32, rue Vaubécour. La première promotion comporte 9 élèves. Le nombre d’étudiants ayant augmenté, l’Ecole est transférée en octobre 1902, dans une aile de l’Ecole Centrale, 20, quai de la Guillotière (actuel quai Victor Augagneur). Elle y demeure jusqu’en 1928.


Toujours enseignant

Gaspard fait toujours partie du corps enseignant. Il est titulaire des palmes académiques. Ses fonctions au sein de l’Ecole s’étendent. Le 17 février 1904, le Conseil d’administration le nomme Administrateur général de l’Ecole dentaire de Lyon et Directeur des Etudes (en 1906 selon Emptoz) avec des appointements de 3 000 francs/an et 2 mois de vacances (Famille Guillot, 2008). En mars 1906, il est toujours Directeur des Etudes, mais le poste d’Administrateur général est supprimé. En juin 1908, ses appointements atteignent les 4 000 francs/an. Le 26 novembre de cette même année, Guillot fait un rapport de rentrée très sévère qui déplaît. Le 23 septembre 1909, sa demande d’augmentation de 2 000 francs/an lui est refusée. Le poste de Directeur est supprimé. Ses attributions sont reprises par Pont, toujours président. Guillot reste malgré tout Directeur honoraire, mais garde sa qualité d’enseignant et d’administrateur (Famille Guillot, 2008).


Fin de carrière

Le 2 décembre 1909, suite à un incident, Gaspard-Félix Guillot prend en grippe un jeune chef de clinique. Le Conseil d’administration prend position et accorde un mois de congé à Guillot, le mois de janvier 1910. Le 20 janvier, Guillot envoie une lettre de démission. Il a 67 ans. Aucune personne de l’Ecole ne le reverra par la suite (Famille Guillot, 2008).
Le Dr Guillot décède le 9 avril 1924, sur les rives du Rhône. Sa femme l’avait précédé quelques années auparavant (Sigot, 2005).


Références bibliographiques :

Emptoz François, « Il y a 100 ans, l’Ecole dentaire de Lyon », in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, http://www.bium.univ-paris5.fr, pp.1-3.

Famille Guillot, communication personnelle, Angers, 2008.

Lebourg L., « The tormented life of Gaspard Félix Victorien Guillot, initiator of dental teaching in Geneva and Lyon », in Ann Odontostomatol (Lyon), 1971 Jul-Aug; 28(4):131-48.

Sigot Jacques, « Gaspard-Félix Guillot, le communard », in La Nouvelle République du Centre-Ouest, vendredi 18 août 2000.

Sigot Jacques, « Un communard montreuillais, Gaspard-Félix Guillot », in L’Anjou laïque, octobre 2005, n° 74.

(a) Sigot Jacques, « Félix-Jean Guillot (1810-1897) », in historicanjou.fr, 2008, pp. 1-4.

(b) Sigot Jacques, « Gaspard-Félix Guillot (1843-1924) », in historicanjou.fr, 2008, pp. 1-4.

Université Claude Bernard, « Le Centre de Soins et d’Enseignement et de Recherche Dentaire, son histoire », in http://www.univ-lyon1.fr, sans date, p. 1.


Avec tous mes remerciements à la famille Guillot pour son aide précieuse.


Forum - Contact - Mentions légales